Le guerrier de la paix mène un combat contre lui-même pour devenir meilleur. Comme les héros des contes, il mène un chemin de vie qui peut l’amener à vivre des épreuves pour découvrir son être profond ou sa mission, voire sa vocation. Pour accomplir sa quête, il entreprend un voyage.

Le voyage est un itinéraire à la fois rempli de réussites comme d’échecs, de satisfactions, d’embûches et d’épreuves, qui amènent le guerrier de la paix à développer des qualités, à affirmer son identité, à devenir plus conscient de ce qu’il vit et à trouver un sens à son existence.

Au cours du voyage, il rencontre des modèles, des repères, des guides intérieurs qui le conseillent et l’inspirent. Ce sont des archétypes, des forces primordiales qui lui montrent comment vivre. Ces guides sont parfois vus comme des dieux ou des déesses, ou des personnages. Nous pouvons les retrouver en nous-mêmes (dans nos rêves ou nos actions), comme dans l’inconscient collectif (les mythes, les légendes, l’art, la  littérature, la religion…).
Chacun des archétypes qui se manifeste dans le voyage apporte avec lui une mission et une leçon, un don ou un trésor.

Les trois étapes de la traversée

Le périple du héros comporte trois étapes : la préparation, la traversée et le retour. Dans la phase préparatoire, le guerrier de la paix découvre ses moyens et apprend à s’en servir, ou vit une épreuve qui met fin à une situation heureuse et l’amène à partir. Au cours de la traversée, le guerrier de la paix affronte des dragons (extérieurs avec les épreuves et intérieurs avec ses propres limitations) rencontre des épreuves qui l’aguerrissent, renforcent la confiance en lui, révèlent son être profond et sa voie d’action. Dans les contes, cette victoire correspond à la prise de possession du trésor ou à la découverte du Graal.
Le retour correspond à la réintégration du héros dans la société et dans l’ordre du monde. Transformé et transmuté par ce qu’il a vécu, il rapporte le trésor et restitue le fruit de son expérience à la collectivité, et va faire régner l’harmonie et le bien.

Alors que Carol Pearson (1) a distingué douze archétypes, Fernand Schwarz, avec l’expérience menée avec les jeunes du groupe Perseus (2) en a dénombré neuf, (trois par étapes) que le guerrier de la paix rencontre au cours de son voyage.

Les neuf épreuves

La préparation comporte trois étapes, chacune dirigée par un archétype, destinées à se confronter avec l’égo personnel et à se vaincre soi-même.
Les trois archétypes sont : l’Enfant innocent, l’Insatisfait et le Guerrier martial. La traversée libère le guerrier de la paix de l’emprise possessive de l’égo personnel pour que l’âme s’exprime. Libéré, le guerrier devient libérateur. Les trois archétypes sont : l’Être solidaire, l’Aventurier et le Guerrier pacifique.
Le retour permet de construire une forme adéquate en soi pour canaliser l’esprit dans l’action menée dans le monde. Le guerrier de la paix devient constructeur la collectivité. Les trois archétypes sont : le Myste, le Maillon et le Guerrier de la sagesse.

La préparation
Sortir de la dépendance et de l’indifférenciation, vaincre son ego

Avant de partir, le guerrier de la paix doit se préparer et préparer son voyage. Partir implique pour lui de sortir de l’enfance, du monde sécurisé qu’il connaît. C’est le sens du premier archétype L’enfant innocent. Celui-ci doit apprendre à affronter le monde réel, à faire confiance sans être naïf, à développer un optimisme prudent, à être loyal dans ses engagements et rester patient face aux épreuves. La tentation serait de rester dans une forme de pacifisme naïf, de refuser inconsciemment de voir la complexité des choses ou de rester en sécurité dans un monde de plaisirs et de
satisfactions, pour éviter l’abandon.
Ensuite, la découverte du monde doit conduire le guerrier de la paix à assurer lui-même ses propres besoins, à sortir de la dépendance des autres et à prendre conscience qu’il n’est pas tout seul et qu’il y a les autres. C’est le sens du second archétype L’insatisfait, qui doit apprendre à vivre les contradictions. L’ombre de L’Insatisfait est l’orphelin, qui se pose en victime, s’estime impuissant, pense que tout le monde l’exploite, vit dans un monde injuste et n’assume pas ses responsabilités.
Dans la découverte du monde, le guerrier de la paix fait face aux épreuves de la vie. Ce sont les premiers combats qu’il doit mener en se fixant des objectifs qui valent la peine, en mettant au point des stratégies. C’est le sens de ce troisième archétype Le Guerrier martial. L’ombre du Guerrier martial est le guerrier belliqueux, celui qui cherche le pouvoir à titre personnel, au total mépris de toute éthique.

Avec ces trois archétypes, le guerrier de la paix a pris conscience de la puissance et des limites de son égo personnel. Il est prêt à devenir le « capitaine de son âme » (3).

La traversée, devenir capitaine de son âme

Le guerrier de la paix commence son voyage, c’est le début de l’aventure, l’appel de l’âme vers l’inconnu, l’appel vers le mystère de la vie et de sa propre existence. Au cours de ce voyage, trois archétypes vont se présenter à lui. Le premier archétype L’Être solidaire ouvre son cœur et il devient sensible à la souffrance des autres. Il développe compassion, douceur et générosité. Son ombre est celle du martyr, qui assure et maintient son pouvoir sur les autres, en jouant le sauveur et en les culpabilisant, les infantilisant et les étouffant.
Les épreuves vont permettre de contacter son âme, de chercher à pénétrer le mystère de la vie et de sa propre existence et de transformer les rêves en réalité. Mais le guerrier de la paix doit garder son mental et son cœur au centre de soi-même. C’est le sens de l’archétype L’Aventurier qui s’engage dans la quête de la vérité avec force et cherche son trésor. Il est en quête de sens et d’identité. Il veut dépasser ses limitations. Il affronte courageusement les dragons qui se présentent. Son ombre est le perfectionniste, tentant sans fin d’être à la hauteur d’un objectif irréalisable et ne s’engageant jamais à rien. Il peut devenir un consommateur en fuite, vivant dans son monde et enclin à toutes les dépendances.
L’archétype du Guerrier pacifique conclut la traversée. Sa finalité est de vaincre son propre dragon (ses peurs, son ego) et de découvrir son trésor intérieur en restant fidèle à son cœur, quelle que soit la difficulté. Il doit se purifier constamment, renforcer sa détermination pour faire face aux épreuves avec succès. Grâce à l’amour, le Guerrier pacifique peut s’engager et faire don de lui-même pour une cause qui le dépasse. Il pourra alors établir un lien profond en tant que maillon dans la longue chaîne des Guerriers pacifiques.
L’ombre du Guerrier pacifique est celui qui est jaloux, possessif, envieux, avide, a besoin de se comparer, d’être reconnu. Il devient un séducteur victime de ses passions et attachements et utilise l’amour pour conquérir, tissant des rapports superficiels, qui engendreront ensuite des sentiments de trahisons réciproques.

Le retour, construire un ordre intelligent

Après avoir accompli le voyage vers la découverte de soi-même, ce qui va le transformer, le guerrier de la paix doit songer au retour. Il va rencontrer trois archétypes.
Le premier archétype est Le Myste. Ici commence l’étape de mort et de renaissance, de purification, de destruction des vieilles formes. Le Myste doit apprendre à « lâcher » le passé pour permettre au changement de s’accomplir. Il doit grandir intérieurement en se mesurant à l’obstacle, en reconnaissant ses ombres, en combattant ses dragons et en s’acceptant tel qu’il est. Son ombre révèle une tendance à l’autodestruction, un
manque d’estime de soi qui pousse à la destruction de soi-même et d’autrui et à l’excès en tout genre.
Après être passé par les phases de mort et renaissance, le second archétype Le Maillon cherche la forme adéquate d’expression de l’homme intérieur, en lui -même, comme dans ses actions. Il se rapproche de son vrai Moi, et découvre sa loi d’action, le svadharma des Hindous. Son ombre manifeste une tendance à l’obsession du changement, sans rien mettre en pratique de façon durable. On devient alors bourreau de travail, activiste effréné, détestant le vide.
À la dernière étape du retour, et à la dernière étape du voyage, le guerrier de la paix revient chez lui, rempli d’expériences. Il rencontre l’archétype du Guerrier de la Sagesse. Il devra construire un ordre intelligent, un royaume prospère et harmonieux et une sagesse de vie. Sa tâche est d’aider les autres à trouver le sens de leur moi profond et véritable tout en cultivant le sien propre et développant son pouvoir interne.
Il assume la totale responsabilité de sa vie. Son ombre est le tyran (l’ogre des fables), qui cherche à tout contrôler bafouant le respect et la dignité des autres.

Le voyage du héros ou du guerrier de la paix est la quête de toute une vie, une spirale ascendante qui ne s’arrête jamais, passant par des cycles et des états de conscience de plus en plus profonds. Si dans le périple les étapes sont les mêmes, les épreuves sont différentes. Elles nous permettent
cependant de dégager une force morale puissante pour devenir chaque jour de plus en plus forts.

Pour vivre ce voyage héroïque avec conscience et maturité, la pratique de la philosophie est indispensable. Elle nous permet de mieux nous connaître, de vivre en conscience les épreuves, d’en tirer une expérience profitable pour grandir et devenir responsable.
Sachant affronter les épreuves, le guerrier n’a pas peur de la vie ni de s’impliquer pour construire un monde nouveau et meilleur et continuer la tâche que de nombreux guerriers de la paix ont accompli avant lui.

(1) Auteure et éducatrice américaine, née en 1944. Elle a développé de nouvelles théories et modèles pratiques en s’appuyant sur les travaux du psychiatre C.G. Jung, du psychanalyste James Hillman et du mythologue Joseph Campbell. Auteur de :
. Douze Archétypes pour nous aider à nous trouver et transformer notre monde, Harper Elixir, 2015, 352 pages.
. Le héros intérieur : Six archétypes régissent notre vie, Éditions de Mortagne,1992, 266 pages.
(2) Groupe de jeunes qui se mobilisent chaque année pour accomplir des travaux utiles pour la collectivité en cherchant à se former et à mieux se connaître dans l’action (volontariat écologique ou restauration de patrimoine). http://www.tendanceouest.com/actualite-189985-orne-100-jeunes-sur-le-camp-perseus-de-l-ong-rapid-france-aremalard-en-perche.html

(3) Expression tirée du poème Invictus, court poème de l’écrivain anglais William Ernest Henley (1849-1903) et poème préféré de Nelson Mandela (1918-2013).

Article réalisé par Marie-Agnès LAMBERT d’après le livre de Fernand Schwarz, Persée, le guerrier de la paix, Éditions Acropolis, 2016.

Source de l’article : www.revue-acropolis.fr