Avant la renaissance du printemps, voici le moment de rentrer en soi. Les conseils de Marc Sokol, praticien et enseignant en énergétique chinoise depuis 30 ans.

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Bien à l’abri dans sa carapace, elle marche lentement mais sûrement, comme affranchie des contraintes du temps. Il se dégage d’elle un sentiment de tranquillité, mélange de sagesse et de stabilité. La tortue, animal emblématique de l’hiver pour les Chinois, est considérée comme un vieux sage et représente un pilier contre lequel on peut s’appuyer sûrement.

Rentrer en soi, se régénérer, s’éloigner des illusions et se rassembler sur l’essentiel : tels sont les messages de l’hiver dans la pensée chinoise, nous explique Marc Sokol. Même si nos vies urbaines et actives ne se prêtent pas toujours à ses préceptes, elle nous indique une voie dont on peut s’inspirer pour être plus en accord avec les rythmes de la nature, de notre corps ou de notre vie (hiver d’un projet, d’une relation, d’une vie)…

« Garder le trésor »

Dans la pensée chinoise, l’hiver commence en novembre, culmine à l’équinoxe et s’achève courant février, à la fête du printemps, le Nouvel An chinois. Contrairement à cette dernière saison où l’on se construit dans la relation à l’autre, en hiver, on vit comme caché, tapi au fond de soi-même, comme si « on avait déjà tout obtenu », disent les anciens textes. Ils décrivent aussi l’hiver comme le moment pour « fermer les portes et garder le trésor ». Dans ce temps de recueillement, c’est l’ouïe qui sera sollicitée, et l’écoute de la musique nous structurera.

Rien d’anodin à cela : ce sens est le plus archaïque (on a entendu avant de voir) et il nous relie aussi bien au temps de notre gestation qu’aux portes de la mort. Il n’est plus – ou pas encore – temps de parler. Par exemple, l’hiver d’un projet sera l’ultime effort à accomplir. Après les avis (printemps), la maturation (été), la décision (automne), nous avons besoin simplement de rassembler toutes nos forces pour aller jusqu’au bout en puisant dans l’énergie des reins, l’organe associé à l’hiver. D’où la nécessité d’avoir « les reins solides » pour mener à bien nos projets.

Tonifier les reins

D’après la médecine chinoise, la conception du rein va au-delà de l’organe lui-même. Il recouvre d’autres fonctions avec lesquelles il interfère : glandes surrénales, appareil génital, os et moelle osseuse, dents, ouïe, production de sang et fonctions cérébrales. Des connexions aujourd’hui validées par la science. Ainsi, les reins sécrètent une hormone qui commande à la moelle osseuse la fabrication de nouveaux globules rouges.

On sait aussi que l’insuffisance rénale peut altérer la fonction sexuelle chez les hommes. Plus globalement, dans la conception chinoise, les reins représentent le précieux réceptacle de l’énergie, et on les désigne comme « les ministres des racines de la vie ». Ils abritent notre ressource la plus profonde – à la manière de l’huile d’une lampe qu’il s’agit d’économiser­ tout au long de ­l’existence –,­ il est donc important de les tonifier en hiver en « rentrant dans notre profondeur » par la tranquillité, la méditation et en évitant les dispersions.

Pour renforcer les reins, on doit privilégier certains aliments : légumes racines (navets, pommes de terre, carottes…), légumineuses (haricots secs, pois chiches, petits pois, soja, lentilles…), céréales (riz, millet, sarrasin…), choux, châtaignes, noix, produits de la mer (crustacés, poissons, algues…) et porc avec modération. En revanche, il faut éviter l’excès d’aliments piquants (piments, alcool…), qui dispersent l’énergie. En hiver, c’est bien sûr aussi le temps du repos, et la philosophie chinoise rejoint ici les traditions populaires et les sagesses paysannes, en se calant sur le cycle de la nature. On se rassemble, on s’économise et on fait le plein d’énergie en se couchant tôt et en se levant tard. On fuit le froid, et on recherche la tiédeur.

Alors qu’en été, il était conseillé de se rafraîchir par l’extérieur (douches fraîches), en hiver, c’est l’inverse : on se réchauffe de l’intérieur (bouillons, tisanes) plutôt que par des bains ou du chauffage excessif. Dans le même temps, le moindre souffle de yang, (c’est-à-dire de lumière ou de chaleur), est recherché, et dès qu’il fait beau, on n’hésite pas à sortir tout en restant toujours très prudent vis-à-vis du froid et de l’humidité.

En médecine chinoise, on considère que si l’on va à l’encontre de l’énergie de l’hiver, on risque de blesser les reins et de se retrouver sans énergie à la saison suivante au printemps, et donc de ne pas pouvoir pleinement se redresser et tenir sur ses jambes (on sera « tout mou »).

Plonger vers nos racines

Le froid et le noir sont d’autres attributs de l’hiver, la saison la plus yin de l’année. Le yin correspond au grand principe ­féminin, à tout ce qui est intérieur, à tous les possibles avant la création. Le noir, qui lui est associé, est la couleur originelle qui nous invite à plonger vers nos racines – la médecine chinoise considère que les reins renferment l’héritage légué par nos ancêtres.

C’est le moment de méditer sur la mort, la vieillesse, d’apprivoiser nos peurs, l’émotion de la saison, en allant puiser tout au fond de nous force et courage. L’équinoxe d’hiver symbolise magnifiquement la rencontre avec notre lumière secrète. Fêter le retour de la lumière le 21 décembre est d’ailleurs au cœur de nombreuses traditions. En Chine, on venait féliciter l’empereur à ce moment-là.

En Occident, la messe de minuit de Noël, profondément joyeuse avec ses chants, nous délivre un message d’espérance au cœur de la nuit et du froid. Une véritable célébration de retrouvailles avec le germe de lumière. Un temps de partage aussi. Si les anciens Chinois considèrent l’hiver comme le temps de la solitude et de l’intériorisation, ce peuple pétri de valeurs collectives n’en oublie pas l’autre pour autant. En hiver, les plus faibles sont en danger. C’est donc le moment de l’année le plus important pour être charitable et solidaire.

Les bons gestes

Les genoux sont très liés à l’énergie de l’hiver. C’est donc le moment pour en prendre soin en les massant régulièrement.

Les malléoles internes (petits os protubérants sous la cheville) sont fortement liées au méridien du rein. Masser régulièrement cette région avec quelques gouttes d’huile essentielle de pin sylvestre diluées dans un peu d’huile : commencez sous la malléole, puis remontez jusqu’au-dessus. Les points d’acupuncture 3, 6 et 7 Reins, qui y passent, seront ainsi stimulés avec un effet vivifiant et apaisant (sommeil).

Source : www.lavie.fr