Les trois approches classiques de la maladie mentale

Les principaux points importants de la conception du monde dans le bouddhisme tibétain convergent tous dans sa tradition psychiatrique. Théorie, diagnostic et traitement psychiatriques sont inextricablement liés aux trois sortes de médecine tibétaine : dharmique, tantrique et somatique. Divers aspects de ces trois approches thérapeutiques entrent en jeu dans chaque cas psychiatrique. L’exorcisme rituel, les mantras et autres pratiques religieuses, le changement de régime alimentaire et d’environnement, l’acuponcture et tout spécialement les plantes officinales constituent le programme de traitement.
La tradition psychiatrique que nous allons détailler n’inclut pas les troubles mentaux des enfants et des personnes âgées. Psychiatrie infantile et gériatrie forment des sections séparées dans la tradition médicale. Le chapitre 73 du Troisième Tantra du Gyü-zhi énumère quinze esprits qui, pense-t-on, attaquent les jeunes enfants et provoquent en eux des troubles nerveux. Les enfants, est-il dit, sont fortement prédisposés à l’invasion de forces négatives et il est conseillé de les protéger le plus possible de cette éventualité. Par exemple, on ne devrait jamais faire peur par surprise à un enfant, car c’est exactement dans un tel moment de saisissement de la conscience, comme dans un état cataleptique provoqué par la frayeur, que la force étrangère peut pénétrer ; ceci peut aussi arriver pendant le sommeil de l’enfant.
La gériatrie est l’une des huit divisions principales de la médecine tibétaine. Elle concerne les traitements de régénérescence et l’usage de médicaments spéciaux pour ralentir le processus du vieillissement et revitaliser le corps et l’esprit. Le ginseng est très estimé. Aucune traduction de textes gériatriques ou du chapitre du Gyü-zhi consacré à la gériatrie n’a été faite jusqu’à présent.
Avant de détailler la psychiatrie tibétaine de l’adulte, il semble utile de passer en revue les trois approches concernant la folie qui ont émergé dans l’histoire de la psychiatrie, car elles correspondent avec le système tibétain qui a l’originalité de les entretisser si consciemment.

     L’approche religieuse et magique : Depuis les civilisations humaines les plus anciennes, les troubles pathologiques du mental et de l’esprit ont donné lieu à des interprétations religieuses. Des théories de possession par des esprits malfaisants ont été relevées dans presque toutes les cultures primitives, tribales et chamaniques. C’est aussi une conception soutenue dans les grandes religions. Il semble que ce soit une croyance archaïque partagée, une façon naturelle de comprendre certaines des mystérieuses perturbations pathologiques de la personnalité et du comportement qui caractérisent les maladies mentales.
La possession par des esprits malfaisants est la plus ancienne théorie médicale « pré-rationnelle ». A l’époque védique hindoue, des millénaires avant le développement de la médecine ayurvédique traditionnelle, le terme bhuta-vidya servait à désigner toutes les maladies (pas seulement mentales) causées par des forces invisibles. Bhuta-vidya devint plus tard le nom de la quatrième branche de l’Ayurveda classique – psychiatrie et neuropathologie – qui recouvrait les maladies causées par des esprits, dont l’épilepsie, la lèpre et la maladie mentale.
Dans la tradition psychiatrique tibétaine, la possession par des esprits malfaisants est une cause majeure de maladie mentale. Le traitement, selon cette approche religieuse et magique, comprend des pratiques de thérapies tantriques et yogiques (« magiques »), ainsi que la mise en pratique et l’application du Dharma (religion). En ce qui concerne la « magie », nulle part elle ne fut plus hautement développée qu’au Tibet. Ce pays eut toujours la réputation d’une terre de magie et de magiciens, un lieu mystérieux où les moines avaient d’immenses pouvoirs psychiques et spirituels. Le Tibet devint même un symbole de l’occulte. Pendant des siècles, la « magie » du Tibet subit l’incompréhension et fut prise pour une nécromancie païenne odieuse, de la magie noire et de la sorcellerie générale ne correspondant pas au nom de religion et certainement pas à celui de médecine.
Heureusement, ce malentendu sur le bouddhisme tibétain n’est plus prédominant. L’examen des rituels, même les plus élaborés, pour l’exorcisme des forces malfaisantes révèle que l’essence du Dharma est au cœur de ces pratiques « magiques », dans son aspect de compassion et d’engagement au bien d’autrui.
Dans la thérapie des maladies mentales suivant l’approche religieuse, différentes pratiques du Dharma sont appliquées comme remède. Il faut remarquer ici que lorsqu’on parle de médecine du Dharma, il ne s’agit pas seulement de la forme et de la pratique traditionnelle du bouddhisme orthodoxe (bien que cela puisse évidemment avoir ce sens), mais aussi de l’effort héroïque pour progresser spirituellement en sortant de l’inconscience et jusqu’à la connaissance totale. Un des sens du mot sanskrit dharma est : ce qui maintient sur la voie, la voie de la vérité et de la connaissance intérieure. Le mot tibétain pour Dharma, chos, vient du verbe Chos qui signifie corriger, remédier. Ceci vient souligner l’analogie faite avec la médecine : la pratique du Dharma est le moyen de remédier aux obscurcissements émotionnels et mentaux qui produisent tout mal et empêchent l’Éveil.

     L’approche organique : L’approche organique de la psychopathologie dans la médecine tibétaine est fondée sur la théorie humorale – la science « rationnelle » de la médecine. Les trois humeurs sont associées à des dispositions psychologiques qui peuvent, suivant diverses causes de déséquilibre humoral, s’exprimer en troubles psychopathologiques. De plus, les aberrations psychiatriques du phlegme, de la bile et de l’air incluent souvent des troubles physiques qui leur sont reliés.
Le Dharma est, bien sûr, au cœur de cette approche aussi, car on n’oublie jamais que la confusion fondamentale (ignorance, absence de connaissance) a engendré les souillures de l’aversion et de l’avidité, et causé en premier lieu la naissance des trois humeurs sur le plan organique.
Cette relation entre les trois humeurs et les trois impuretés mentales fondamentales exprime la théorie psychosomatique de base de la médecine tibétaine et de sa psychiatrie. Différents traitements et médicaments sont employés pour influencer l’esprit à travers le corps.
Tout ceci implique que la médecine tibétaine présuppose que les émotions ont des fonctions physiologiques, peut-être similaires aux corrélats biochimiques des émotions que la science moderne découvre actuellement. Et de plus, le fait que les substances utilisées en psychiatrie tibétaine soient censées avoir la composition (en éléments, saveurs, etc.) manquant dans le désordre auquel elles remédient a également un écho dans les dernières découvertes de la recherche médicale – les médicaments psychoactifs imitent la propre neurochimie du corps.

     L’approche psychologique : Les trois souillures qui ont engendré les humeurs sont aussi les trois types de forces psychologiques qui précipitent les déséquilibres humoraux relevant de la psychiatrie. Trop de confusion mentale, de haine ou de désir, entraîne des troubles psychiatriques. Toute l’approche psychologique de la psychopathologie est fondée de cette façon sur le Dharma, car l’engendrement de toute existence conditionnée a pour essence le développement de l’ego centré sur lui-même et ses obscurcissements mentaux subséquents.
A un niveau plus relatif et immédiat, les désordres psychologiques sont compris comme ayant leur origine dans des causes telles que la tension émotionnelle, l’oppression mentale, le stress, les problèmes sentimentaux, les relations familiales, la perte de possessions, de position et d’êtres aimés, l’isolement, la pression, l’anxiété, la surcharge de travail. Tous ces éléments sont classés dans la psychiatrie tibétaine comme facteurs faisant « partir » l’esprit de diverses façons.
Le Dharma n’est pas seulement la base de la théorie de la nature de l’esprit, c’est aussi une médecine préventive contre les maladies mentales. Il bâtit un esprit fort qui ne peut être facilement dominé par les tensions émotionnelles, les pressions de l’intellect ou même les esprits malfaisants. Un médecin tibétain dit pour illustrer ce point : « Lorsque des gens, par exemple, perdent leur pays [comme les Tibétains], ils deviennent trop tristes, plongés dans la douleur, et ils commencent parfois à perdre la raison. Mais en pratiquant le Dharma, ils peuvent se rappeler qu’ils ne sont pas les seuls à souffrir. Partout, des gens ont la même souffrance. » C’est une illustration assez poignante de la manière dont la médecine du Dharma peut tourner une souffrance intense en compassion et en sagesse au lieu qu’elle n’évolue en apitoiement sur soi et en maladie mentale.

La relation primordiale de l’esprit avec les airs

Des trois humeurs, l’air est la première associée aux troubles mentaux. C’est une théorie ayurvédique de base. Dans la tradition ayurvédique de base, un des principaux termes désignant la folie était vatula, littéralement « gonflé d’air », et ceci indique la connexion fondamentale. L’air est l’humeur essentiellement associée à l’esprit et aux perturbations mentales. La relation entre la vie, l’esprit et le souffle – l’énergie vitale (prana) contenue dans le souffle et l’effet direct du souffle (maîtrisé) sur l’esprit – est au centre de la pensée indienne et de la pratique yogique, l’un de leurs aspects les plus importants.
L’humeur air est la plus subtile et la plus semblable à l’esprit. En stabilisant par la pratique yogique les airs grossiers et l’air subtil (avec sa force vitale inhérente), l’esprit aussi est stabilisé.
On pense que la plupart des cas psychiatriques comportant une perturbation de l’humeur air, et que la plupart des graves perturbations de l’air mènent à l’instabilité mentale et à la dépression. En fait, un comportement intensément névrotique et les symptômes psychologiques et physiologiques de nervosité sont simplement appelés la maladie « sok-lung » (tib. srog-rLung), une perturbation de l’air-de-vie.
Tous les airs circulent en tant que courants d’énergie dans de nombreux canaux et vaisseaux (rTsa) du corps, mais la partie la plus subtile de l’« air support de la vie » reste immobile à l’intérieur de la veine-de-vie qui est reliée au cœur. Cette force-de-vie extrêmement subtile, le « sok-lung » (srog-rLung) est le support principal de la conscience.
Comme l’explique C. C. Chang, « l’esprit et le prana (rLung, énergie psychique) sont deux facettes d’une même entité – ils ne devraient jamais être traités comme deux choses séparées. L’esprit est cela qui est conscient ; le prana est l’énergie active qui fournit un support à cette conscience ». Bien que la conscience (et la force-de-vie) soit répandue dans tout le corps, son « possesseur » est la force-de-vie extrêmement subtile résidant au cœur dans la veine-de-vie.
Cette veine-de-vie (srog-rTsa) correspond très probablement au nerf vague, bien que certains l’aient identifiée à l’aorte ; ce n’est peut-être, en fait, ni l’une ni l’autre. Dans les descriptions, une partie de ce canal va des poumons au cœur (où circule l’« air support de la vie ») et une autre du cœur au cerveau, se ramifiant en canaux plus petits qui vont aux différents organes sensoriels (l’« air omnipénétrant » circule dans cette partie).
La conscience devient perturbée et même atteinte de folie quand, pour diverses raisons, les airs internes circulent de façon inappropriée ou en des endroits inadéquats. En particulier, ils gonflent la veine-de-vie et s’insèrent dans la partie au cœur où réside la force-de-vie extrêmement subtile.
Quand ceci se produit, la puissance mentale de l’individu commence à se désintégrer, et des hallucinations ainsi que toutes sortes de distorsions dans la perception de la réalité surgissent. Le terme cœur lui-même (tib, sNying) est synonyme d’esprit dans le système tibétain ; ceci parce que la conscience, la clarté mentale et le sens d’identité de soi s’élèvent du chakra du cœur. L’influx sensoriel est transporté par l’« air omnipénétrant » via les nerfs ou canaux, jusqu’au cerveau où il est enregistré, mais la conscience correspondant aux impressions sensorielles et aux pensées réside dans ce cœur.
La conscience au cœur a pour support la plus subtile force-de-vie, qui réside en cet endroit, et cette force-de-vie peut être perturbée par les airs humoraux comme décrit ci-dessus. Ceci peut être produit par bien des causes, psychologiques et physiques. Par exemple, une colère soudaine et violente portée par l’« air omnipénétrant » gonfle les courants circulant dans la veine-de-vie, ce qui, en pressant l’air-de-vie extrêmement subtil, le déplace hors de son siège et le fait aller dans le cœur ; c’est cette perturbation qui cause la distorsion de la conscience.
Tous les airs sont interconnectés. Ainsi, par exemple, réprimer le besoin d’uriner perturbe l’air qui contrôle la miction, et ceci peut entraîner une perturbation de l’air-de-vie extrêmement subtil au cœur. De plus, des causes physiques non directement reliées aux airs, comme un mauvais fonctionnement des humeurs bile et phlegme (ou tout ce qui peut affecter négativement la condition des canaux, puisque leur relation est que les canaux sont le support des airs et les airs le support de l’esprit), peuvent altérer l’état de la conscience dans le cœur.
Il faut remarquer également ici que les résultats d’une perturbation de la force-de-vie au cœur ne sont pas seulement psychologiques mais aussi physiques. L’air dans le cœur produit des troubles de stress tels que l’hypertension artérielle et d’autres maladies cardiovasculaires.
Généralement, la perturbation appelée « air », « air-de-vie » ou « air du cœur » est amenée par l’inquiétude, la tension, le surmenage, le chagrin, la colère, le choc ou la frayeur soudaine, etc. et se manifeste psychologiquement dans ses premiers stades par la sensibilité exagérée, l’angoisse et l’instabilité émotionnelle. Les symptômes physiologiques sont l’accélération du rythme cardiaque, le vertige, l’insomnie, la perte d’appétit, le manque de coordination, et la prédisposition aux accidents – à cause des courants d’énergie perturbés dans le corps. Un autre signe physique est une fente longitudinale au milieu de la langue. Exaltation et dépression, changements et retours d’humeurs rapides et continuels, se succèdent en un cycle perpétuel. Laissée sans traitement, cette perturbation peut tourner à la psychose.
Quand la force-de-vie extrêmement subtile, support de la conscience est décentrée, la conscience que ressent alors la personne semble « bizarre », « étrangère », ce qui peut donner la sensation d’être possédé par une force extérieure. Également, du point de vue de la possession démoniaque, il est dit que les démons entrent par divers canaux et font leur chemin jusqu’au cœur, où ils s’emparent de la conscience. Dans ce sens, ils agissent exactement comme les émotions.
Dans les systèmes yogique et tantrique, on parle de la conscience et du thig-le de force-de-vie qui résident au chakra du cœur et dans le canal central, plutôt que dans l’organe du cœur et la veine-de-vie. Cependant, le système tantrique et le système médical sont parallèles et se correspondent sur certains points précis. L’un d’eux est que le cœur, ou centre psychique du cœur, est ce qui relie le corps physique et le corps subtil. Un autre est que le système tantrique accepte les cinq divisions d’airs-énergies décrites dans le système médical, mais il dit que tous les airs sont conduits par des obscurcissements émotionnels et mentaux de la force karmique (et appelés donc les airs karmiques) et ont inhérent en eux l’air de sagesse, « yeshe lung ». Ces airs circulent dans de nombreux canaux subtils et vaisseaux physiques, qui peuvent être réduits aux trois principaux canaux subtils et aux cinq principaux canaux de conscience.
Les canaux subtils sont faits de lumière ; ils ne sont pas matériels, mais font partie de l’infrastructure énergétique du corps physique. Ce qui prête assez à confusion est que les Tibétains emploient le même mot, rTsa, pour désigner les vaisseaux et nerfs physiques et les canaux subtils.
Les cinq principaux canaux de conscience sont les mêmes dans la physiologie tantrique et la somatique. Le cinquième canal, de conscience transcendante, est le plus important. Il traverse le centre du cœur et coïncide là avec le canal central. Ce centre du cœur est nommé « bon esprit » (yid bZang-ma), d’après le canal de conscience transcendante (yid bZang-ma rNam-shes rGyu-ba’i rTsa). Devant (à l’est), il se ramifie en le canal rouge de la conscience sensorielle qui lui-même se ramifie en cinq canaux distincts pour les cinq sens, et à droite en le canal jaune de la conscience de l’ego ou conscience émotionnelle, à gauche en le canal bleu de la conscience mentale, et derrière en le canal vert de la conscience-réceptacle ou conscience-base.
Ainsi les trois canaux principaux et les cinq canaux des consciences (les cinq consciences sensorielles groupées en un canal, plus les canaux des quatre autres consciences) constituent la physiologie subtile des fonctions de l’esprit. Le point de vue yogique est que toutes les fonctions mentales sont situées dans les cinq canaux de conscience. Ceux-ci circulent dans tout le corps, mais se rencontrent dans le chakra du cœur. L’espace où ils se rencontrent dans ce centre est d’une importance cruciale. Des perturbations dans cet espace mènent à la maladie mentale. Toute maladie, selon l’optique tibétaine, est causée par un blocage de la circulation dans des canaux de fonctions vitales, mentales et spirituelles, et la maladie mentale est particulièrement liée à un blocage au centre du cœur.
Chez un yogi réalisé, tous les airs sont transformés en leur nature inhérente d’air de sagesse et sont introduits dans le canal central. Mais même chez des personnes ordinaires comme nous-mêmes, qui ne sont pas des adeptes du yoga, le canal central au cœur, où il correspond avec le cinquième canal, celui de la conscience transcendante, et se ramifie en les autres canaux de conscience, est l’axe spirituel de l’existence des êtres. Un médecin, Pema Dorje, en dit (dans l’inévitable style tibétain de l’analogie éloignée) : « C’est comme un arbre supportant un oiseau. S’il n’y pas d’arbre, où restera l’oiseau ? Il s’envolera. » Ainsi l’esprit, quand cet espace est déformé, s’envole.

Les cinq causes de maladie mentale

La tâche la plus importante du médecin tibétain lorsqu’il est confronté pour la première fois à un trouble d’ordre psychiatrique est de déterminer sa cause, car les soins varieront suivant la cause et la nature humorale du malade.
Ceci signifie que la médecine tibétaine ne traite pas au moyen de mesures antipsychotiques générales. Les médicaments et traitements associés doivent convenir au type humoral du patient ; sinon, ils peuvent aggraver son état. Et ils doivent être prescrits d’après les causes individuelles de la maladie. Par exemple, les troubles mentaux causés par des poisons et ceux causés par des perturbations de l’humeur air demandent des médicaments différents. Dans le cas d’« esprits » et de forces invisibles – une cause majeure de maladie mentale selon le système tibétain – des pratiques religieuses et des médicaments tantriques doivent être utilisés conjointement à la phytothérapique et aux autres traitements somatiques.
Puisque la médecine tibétaine reconnaît dans les symptômes, spécialement les symptômes psychiatriques, le résultat d’innombrables et subtils facteurs karmiques entretissés, elle ne s’attend pas à des guérisons rapides. Elle prend en considération qu’il existe un poison-racine à un niveau spirituel et que l’effet de ce poison peut empirer si le symptôme est déplacé violemment.
D’après Burang, ce système voit la cause générale et fondamentale de la maladie mentale dans le fait de mener une vie contraire à nos plus profondes intuitions et inclinations spirituelles ainsi qu’à notre disposition inhérente.
La consultation initiale où se déroule l’examen psychiatrique donnera au médecin le diagnostic de base dont il a besoin. Le procédé suivi est similaire à celui décrit pour la médecine générale. Il déterminera d’abord s’il s’agit d’un trouble psychique chaud ou froid, puis examinera quelle est l’humeur dominante, si la maladie est causée par des toxines ou si un démon y est impliqué. Même si l’état mental du patient est confus ou gravement altéré, le médecin pose cependant les questions concernant les facteurs émotionnels et environnementaux dans la vie du patient et peut tirer beaucoup d’informations de la façon dont celui-ci se comporte. Ceci est la partie interrogatoire.
Les diagnostics par le toucher et par la vue sont établis comme décrit précédemment, et s’appuient particulièrement sur l’examen du pouls et l’analyse d’urine. Le médecin détermine ainsi la cause. Un cas de maladie mentale purement karmique ne se manifestera pas comme une perturbation organique et ne peut être guéri par la médecine ordinaire. Les dysfonctionnements humoraux en tant que cause principale ou secondaire – et ils sont souvent la cause principale quand leur est conjointe la présence d’un « esprit » – sont constatées. Il existe des mesures diagnostiques spéciales pour déterminer si un « esprit » est présent.
L’Abhidharma et la tradition médicale exposent les mêmes causes de maladie mentale. Ce sont : le karma ; le chagrin et l’angoisse ; le déséquilibre humoral (organique) ; le poison (organique) ; et les « esprits malfaisants ». Ces causes peuvent agir séparément ou en conjonction les unes avec les autres.

     1) Karma : En un sens, le karma est responsable de toutes les maladies, mais ceci n’est pas la signification de l’expression maladie « karmique » : la maladie appelée karmique implique un lien spécial avec la destinée, une arrivée à maturité des graines semées par les actions antérieures.    Pour ces maladies karmiques, le seul remède est le Dharma ; rien d’autre ne sera efficace pour neutraliser le karma négatif. Ceci est vrai pour les perturbations somatiques autant que pour les psychiques.
Toute maladie mentale, est-il dit, naît de la graine semée par le mauvais karma d’avoir causé de la souffrance à quelqu’un dans une vie passée ; les résultats sont certains et même spécifiques. Par exemple, si l’on a troublé la méditation d’une personne, ou même simplement d’une façon générale troublé des personnes bonnes, l’effet dans cette vie peut alors être une grande tristesse et un état dépressif survenant brusquement et sans cause apparente. De même, celui qui dans le passé avait un esprit où prédominait la méchanceté aura, en résultat dans cette vie, toujours un sentiment de peur irraisonnée.
Spécialement dans les cas de maladies karmiques, seuls les lamas-médecins ayant une haute réalisation spirituelle sont capables, par leur pénétration intérieure particulière, de déterminer les actions passées qui ont créé les perturbations mentales actuelle.

     2) Chagrin et angoisse, etc. : Généralement, les facteurs psychologiques causant la folie et les troubles mentaux sont énumérés en relation avec les causes humorales de maladie mentale. C’est parce qu’ils créent des perturbations humorales qui font partie des symptômes de la maladie mentale. De nombreuses fonctions psychologiques sont également associées à des divisions humorales précises. Par exemple, la « bile qui accomplit » a son siège au cœur et, suivant la façon dont elle fonctionne, elle est censée rendre l’esprit d’une personne courageux ou non. De même, les états psychologiques affectent le fonctionnement des humeurs.
Les conditions psychologiques peuvent aussi être seules à agir pour produire la maladie mentale. Dans ce cas, le facteur psychologique trouble l’air-de-vie (srog-rLung), cet air particulier qui est directement lié à l’esprit et toujours impliqué dans les troubles du psychisme. Un ressassement obsessif et continu des causes de la douleur éprouvée, une histoire d’amour triste ou une perte de position sociale, par exemple, peuvent produire une conscience cliniquement perturbée, la névrose et la psychose.

En fait, les trois principales catégories de maladies mentales définies par les Tibétains sont exprimées suivant leurs caractéristiques psychologiques. Ce sont : 1) la peur et la paranoïa, 2) l’agressivité, et 3) la dépression et le repli sur soi.
Parmi les facteurs psychologiques entrant dans les diverses formes de maladie mentale, celui qui est peut-être le plus fondamental et le plus crucial est la récognition de l’impermanence, précisément ce même élément essentiel pour suivre le chemin bouddhique de l’Illumination. Réaliser l’inéluctabilité de la dégradation et de la mort, de l’impermanence dans tous les aspects de la vie – relations, intérêts, position, possessions – peut avoir un effet dévastateur, spécialement si on lui résiste, la nie et la réprime ; ceci peut alors entraîner une tension psychologique et une tendance schizophrénique.
Reconnaître la vacuité fondamentale de notre ego et de nos actions est douloureux et terrifiant. Sans le soutien du Dharma (dans le sens le plus large ; vivre avec cette récognition de la vacuité et intérieurement l’intégrer positivement), il en résulte une panique effarante, qui mène à une répression élaborée en fonction de l’ego et des tendances inconscientes. Ceci peut finalement conduire à la psychose.
Ici réside le point crucial. La base psychologique de la maladie mentale est aussi la base de l’Illumination. Tout dépend de si, oui ou non, elle est acceptée et comprise, et finalement intégrée comme clef de la libération. Si elle ne l’est pas, elle devient – parce que la compréhension est encore présente dans le subconscient – la cause de négation, de répression et, finalement, de maladie mentale.
Une combinaison de traitements somatiques, mélanges de plantes officinales, moxibustion, etc. et de pratique du Dharma est utilisée pour combattre la maladie mentale produite par des facteurs psychologiques. Une personne névrosée peut pratiquer par elle-même le Dharma, méditer, approfondir sa compréhension, fortifier son caractère et stabiliser son esprit. Les cas les plus extrêmes, les psychotiques par exemple, ne peuvent pas le faire eux-mêmes et un lama ou une autre personne habilitée doit donc effectuer pour eux des pratiques religieuses.

     3) Déséquilibre humoral (physique) : Lorsque les humeurs fonctionnent normalement, c’est-à-dire qu’elles circulent suivant leur propre voie, elles sont alors le support de la santé du corps et de l’esprit. Quand leur fonctionnement est incorrect, elles causent la maladie.
Un excès des caractéristiques psychologiques et émotionnelles associées à chaque humeur aggrave la condition mentale. Le déséquilibre émotionnel produit le déséquilibre humoral qui se manifeste sous forme d’une perturbation d’ordre psychiatrique. Les différents aspects de la théorie humorale de la maladie – cause, diagnostic et soins – entrent ici en jeu.

     A. Air. La tension mentale et émotionnelle augmente les vents ou airs. Trop se concentrer sur quelque chose et le ressasser, s’inquiéter à propos de projets inachevés et de buts non atteints, se chagriner sur des ennuis de famille, être ennuyé par la perte d’objet – tout ceci perturbe l’air et ainsi l’esprit, puisqu’esprit et air sont mutuellement liés. On dit généralement que les maladies de l’air viennent d’une trop forte implication dans le désir, la sensualité et l’attachement.
Outre l’émotivité et la tristesse, d’autres symptômes de troubles psychiques dus à l’air sont que la personne dit ce qui lui passe par la tête, ne se rappelle pas ce qu’elle a dit et est incapable de se concentrer ou de finir quelque chose. Elle peut pleurer continuellement et se mettre brusquement en colère sans raison. Elle est agitée, anxieuse et tendue.
Ces facteurs psychologiques conduisent à des erreurs dans sa façon de vivre qui aggravent encore l’état de perturbation mentale. Par exemple, la douleur intérieure éprouvée par une personne ainsi atteinte lui fait perdre les deux supports de la santé : l’alimentation correcte et le mode de vie adéquat. Ceci aggrave davantage sa condition. Le chagrin enlève à une personne l’envie de manger : le jeûne augmente l’air. Elle ne peut dormir, ce qui accroît encore la perturbation de l’air (l’insomnie est une maladie de l’air).
Le traitement psychiatrique consiste d’abord à rétablir l’alimentation et le mode de vie corrects. Ceci est une forme de naturopathie, un programme de traitement doux. Selon la tradition, la personne atteinte d’un trouble de l’air devrait se nourrir d’aliments gras et autres qui réduisent l’air à son niveau normal. Le patient devrait rester dans une pièce chaude, confortable et sombre. Une pièce très claire refléterait la lumière et les couleurs vives, stimulant ainsi les airs. Le patient devrait rester dans un lieu plaisant, « une pièce agréable et pleine de fleurs ». Un lieu naturel d’une grande beauté, dit-on, est le meilleur environnement thérapeutique.
Dans de nombreux cas, il est conseillé à la personne d’avoir des relations sexuelles. Un des symptômes de troubles psychiques causés par l’air est que souvent le malade « veut être nu et essaie de retirer ses vêtements ». Il est constamment en train de parler de choses sexuelles ou d’y penser. Ceci est dû à l’élément de désir et à sa relation directe avec l’humeur air. Des relations sexuelles peuvent aider une personne en satisfaisant son désir et sont donc prescrites en même temps que des médicaments.
Dans certaines maladies mentales, cependant, par exemple celles causées par des « esprits », l’activité sexuelle ne sera pas thérapeutique. Différents médicaments et traitements sont appliqués dans ces cas.
Un élément capital du traitement des troubles mentaux causés par un dysfonctionnement des airs est le « soin affectueux ». Le patient devrait être entouré avec amour par sa famille et ses amis. Tout le monde devrait avoir pour lui des « mots très doux » d’intérêt affectueux, y compris et spécialement le médecin. Il faut laisser le malade avoir tout ce qu’il préfère, musique, livres, etc., l’amuser et lui donner tout ce qui lui est agréable. Ces soins sont une forme ancienne de ce que nous appelons aujourd’hui sociothérapie et thérapie occupationnelle.
Si tout ce traitement doux d’influx positif par la nourriture, l’environnement et l’entourage ne guérit pas le malade, du moins il bâtira sa force et sa résistance. Cela peut l’aider suffisamment pour qu’il ait des moments passagers de lucidité, pendant lesquels le lama-psychiatre pourra influencer sa conscience en lui parlant – une sorte de psychothérapie.
Un autre traitement plutôt doux consiste en les exercices de respiration profonde dite du « vase ». Puisque les maladies mentales dues à l’air sont souvent causées par des dysfonctionnements des airs, particulièrement de l’« air ascendant » et l’« air support de la vie », ces exercices de respiration régularisent et stabilisent la respiration, et ont sur l’esprit un effet sédatif. Également, ils augmentent et revitalisent la force-de-vie subtile, ce qui donne à la personne une sorte de confiance existentielle, engendrant une sensation de bien-être. Cette respiration profonde est estimée une excellente thérapie des cas dépressifs. Cependant, elle doit être effectuée correctement étant donné qu’une mauvaise façon de respirer, surtout une rétention de souffle pratiquée sans la sagesse yogique appropriée, perturbera évidemment les airs.
Dans quelques cas rares, des yogis sont devenus fous parce qu’ils ont mal manœuvré le souffle. C’est-à-dire qu’ils échouent dans leur tentative de rassembler tous les airs dans le canal central et de les transmuter en leur nature de « yeshé-lung », l’air-de-sagesse. Au lieu de cela, ils font entrer les airs impurs dans le canal central là où se rencontrent les cinq canaux de conscience, et ceci, comme décrit précédemment, produit la perturbation mentale.
Des méthodes de traitement psychiatrique plus radicales comprennent la moxibustion et l’acuponcture. Les points d’application sont : le sommet du crâne, la base du cou – appelée première vertèbre dans le système tibétain (notre septième vertèbre cervicale), la sixième vertèbre (notre quatrième dorsale), et l’appendice xiphoïde. Ces trois derniers sont généralement employés conjointement. On les appelle quelquefois les « points des airs vitaux secrets ». Le sommet du crâne est le point le plus souvent utilisé pour tous les troubles psychiatriques.
Le massage médical tibétain nommé « kumnyé » (tib. sKu-mNyes), littéralement friction avec onguent, est employé dans les troubles mentaux dus à l’air. Un beurre de plantes officinales est utilisé comme liniment. Il est censé dégager le chemin de l’esprit qui est bloqué ou pollué au niveau des pores de la peau.
Pour les troubles mentaux dus à l’air, « sok-lung », du beurre médicinal ou simplement du babeurre est frotté sur les quatre points de moxa cités plus haut. En général, le massage avec du beurre médicinal ou même des huiles sans préparation médicinale est jugé extrêmement bénéfique dans les cas de grand surmenage mental, inquiétude, tension nerveuse très fortes, et aussi pour les personnes âgées dont la santé est faible.
Un des médicaments les plus appréciés et généralement efficaces pour les troubles mentaux dus à l’air est constitué par toute la gamme des encens de plantes officinales développée par les Tibétains. Il existe aussi, bien sûr, de nombreux médicaments de plantes pris oralement.

     B. Bile. Les troubles mentaux causés par la bile rendent la personne rude et violente, car la bile est une conséquence de la colère-aversion sur le plan mental. La colère et la haine, donc, favorisent la surproduction de bile.
Quand les humeurs bile se dérèglent en conjonction avec des facteurs émotionnels et psychologiques menant à la perte des deux supports, alimentation et mode de vie adéquats, la maladie mentale qui en découle est classée comme ayant la nature de cette humeur, bien qu’elle implique aussi une perturbation de l’air.
Une violente psychose en résulte. Le malade parle durement et grossièrement aux autres, dérange et casse des objets, et peut blesser ou même tuer d’autres êtres. Il est constamment en colère, ressasse les ennuis passés et manifeste une grande nervosité. On pense qu’un malade de ce genre peut devoir être détenu et recevoir un traitement dur et des punitions.
Pour le mode de vie, le malade devrait mener une vie calme dans un lieu frais, comme un jardin aéré ou près d’une rivière ou d’un torrent. Les couleurs et l’environnement devraient être propres à l’apaisement.
Sa nourriture et ses boissons devraient aussi être de nature fraîche. Café, alcool, stimulants, aliments gras et œufs sont à éviter. Des bains médicaux spéciaux sont prescrits pour dégager le canal d’air lié à la fonction mentale qui est bloqué par l’excès de l’humeur bile.

     C. Phlegme. Confusion, ignorance et indolence favorisent la production du phlegme. La personne atteinte de maladie mentale à cause d’un excès de l’humeur phlegme manifeste une nature flegmatique à un degré pathologique. Elle devient complètement repliée sur elle-même, silencieuse, inactive et morose.
Ce malade refuse de manger ; il a tendance à rouler les yeux vers le haut et à avoir des étourdissements. Il met les choses à un endroit, puis ne peut se rappeler où. En plus de son mutisme, il a l’esprit particulièrement fermé.
Un traitement extrêmement affectueux est adopté pour le sortir de cet état. A chaque occasion possible, il est encouragé à l’activité. Il doit prendre beaucoup d’exercice. Le massage est bénéfique ici aussi parce que, même passif, il communique au corps un mouvement physique et produit de la chaleur (le phlegme est froid). Le patient doit vivre dans un endroit chaud, lumineux, où famille et amis lui tiennent compagnie, lui racontent des histoires et lui disent des « mots affectueux ». Sa nourriture et ses boissons doivent être ceux qui combattent le phlegme.
En plus de ces traitements doux, il faut administrer des médicaments de plantes. Également, le vomissement forcé avec du beurre médicinal servira à dégager le canal de l’air lié à l’esprit, bloqué par le phlegme. Un bain médical chaud sera quelquefois utile à cet effet aussi, ou bien une application (fomentation) de beurre médicinal ou même du mélange de plantes employé pour le bain.
On peut dire que les modes de maladie mentale associés aux trois catégories humorales ont une correspondance générale avec des classifications modernes de troubles psychiatriques connus. Par exemple, la maladie mentale causée par le phlegme correspond à la catatonie, à ce que le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (qui contient des définitions concises des catégories de maladie mentale selon la théorie médicale moderne) appelle « schizophrénie, forme catatonique, avec retrait », « inhibition générale manifestée par l’état de stupeur, le mutisme, le négativisme ou la flexibilité cireuse. Avec le temps, certains cas dégénèrent en un état végétatif ».
De même, le type de maladie mentale violente causée par la bile peut être comparé à la « schizophrénie, forme catatonique, avec excitation », « marquée par une activité motrice et une excitation excessives et parfois violentes ». La maladie mentale du type air correspond à la schizophrénie classique, « perturbations caractéristiques de la pensée, de l’humeur et du comportement ».

     4) Poison : les toxines sont considérées comme une cause directe de perturbation mentale. Dans ces cas, l’esprit sombre complètement dans la confusion, la force décline et l’éclat de la bonne santé disparaît, spécialement du visage. La faiblesse physique engendrée par le poison ne diminue pas malgré une bonne alimentation et l’absorption d’essences fortifiantes, parce que le poison n’a pas été évacué. La confusion mentale des troubles psychiques engendrés par le poison est appelée « profonde illusion ». La victime ne sait plus du tout où va son esprit, ou bien alterne entre une lucidité normale et un état de pensées complètement hallucinatoires et d’inconscience.
Le poison peut être une toxine spécifique, ou la combinaison toxique d’aliments et boissons autrement non toxiques, ou encore la formation lente et progressive de substances toxiques dans le corps. Des médicaments composés de plantes officinales et de substances animales sont utilisés pour traiter la maladie mentale engendrée par le poison.
Ici encore, la psychiatrie moderne classe également les maladies mentales suivant leur correspondance avec les désordres de la nutrition et le poison.

     5) Démons et esprits malfaisants. Un « démon » ou « esprit malfaisant » qui cause la folie est un effet démoniaque qui domine une personne, puis dirige ses activités physiques, verbales et mentales. Cette énergie négative pénètre la psyché consciente d’un individu parce qu’il est psychologiquement faible et sans résistance. L’« esprit » ou « démon » peut être seul cause de la maladie mentale ou coexister avec des causes psychologiques, humorales ou toxiques.
Les symptômes de la présence d’un « esprit » dans les troubles d’ordre psychiatrique sont le brusque changement d’attitude et de façon d’agir de la personne, très différentes de ce qui lui était habituel. Son comportement dépend de la catégorie d’« esprit » dont elle est affligée. La classification des différents esprits est ainsi une classification des différentes sortes de psychoses. Ce système tibétain expose un système très ancien et fort détaillé de classification des maladies mentales basé sur des symptômes psychologiques, comportementaux et somatiques qui sont compris comme l’effet d’« esprits ».
Le traitement est complexe, car il implique de nombreux procédés tantriques « anti-esprits » spéciaux et, bien sûr, l’emploi de la médecine religieuse puisqu’être dominé par des démons et des forces négatives, que des causes psychologiques ou organiques y contribuent ou non, est dû spécifiquement au karma. Des traitements phytothérapiques différents et compliqués existent pour soigner les maladies causées par différents « esprits ».
Certains de ces traitements psychiatriques n’ont pas été mentionnés dans le chapitre précédent sur la médecine générale. Ce sont des procédés très occultes où l’effet maléfique des « esprits » est neutralisé par l’emploi d’autres objets qui ont aussi été viciés par le mal. Parmi ces choses se trouve le sang des personnes assassinées. Habituellement les médecins ont en réserve à cet usage du sang séché provenant d’une personne assassinée. De plus, des amulettes, etc. sont utilisées en premier lieu pour écarter les forces négatives.
Les mantras sont employés également comme thérapie et de longues pratiques religieuses doivent souvent être effectuées en faveur du malade trop gravement atteint pour les faire lui-même. En général, des mantras et des médicaments composés d’extraits végétaux et animaux sont utilisés pour soigner les troubles psychiques causés par des esprits malfaisants.
Les démons étant un véhicule principal de la compréhension des maladies mentales dans le système tibétain, la « psychiatrie » est synonyme de soin des maladies causées par des esprits invisibles.

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Source : La médecine tibétaine bouddhique et sa psychiatrie. Auteur : Terry Clifford.