Le regard du Shintô donne vie à la dimension des voyelles ; il lui offre une personnalité qui la rend accessible aux émotions, aux idées et à l’expérience humaines. Un Esprit, Quatre Ames est un système complexe d’équilibre et de points de contrôles qui nous permet d’évoluer, pas après pas, et de développer pouvoirs et connaissances. O-sensei en parlait ainsi :

Le takemusubi Aiki est un corps vivant, la forme générée par le travail dynamique « d’Un Esprit, Quatre Ames, Trois origines et Huit Pouvoirs,  » qui résident dans le « Taka Ama Hara » – les Hautes Plaines du Ciel. Il est la force de vie de l’énergie créatrice que génère la loi universelle, en ne cessant de se déployer. C’est vous ! L’homme est le pont qui franchit la faille entre l’esprit, le mental et le corps, c’est-à-dire les réalités divine, astrale, et physique. Il les contient tous. Sa responsabilité consiste à les nourrir et à les protéger. »

Un Esprit, Quatre Ames correspond aux cinq sons du kototama dont la réunion crée la condition spirituelle de l’être humain. Le « Dai Nippon Shin Ten » décrit les quatre âmes de la manière suivante :

Kushitama ( I-Gi ) exprime les plus grandes richesses du ciel et de la terre », ainsi que celles de notre propre esprit. Il est symbolisé par le terme « ciel. » « Aratama (E-Re) donne chaleur et lumière à l’univers et est donc présenté par le feu. Nigitama (O) est totalement flexible et unit tous les opposés de la société et du monde. Il donne leur flexibilité aux structures (ou aux organisations) et est donc représenté par l’eau, Sakitama (A) régit l’austère réalité, la formation et la consolidation du monde. Il est représenté par la terre.

UN ESPRIT

Les « Quatre âmes » sont la mise en œuvre d’Un Esprit – naobi, esprit à la fois universel et individuel. Cette mise en œuvre s’exprime par les kototama Su et U. L’énergie Su est non-résistance et non usage de la force. Cet état de conscience, qui s’appuie sur la détente et la paix des sens, suppose un éveil total. Un mouvement doux, sans obstruction, conduit vers un grand pouvoir. La fonction principale de Naobi est la réflexion sur soi-même. « Naobi est l’origine du corps et du mental. Il génère les 5 sens :  » ouïe, odorat, goût et toucher – et donc l’existence individuelle. La vie commençant par la respiration, le ki de naobi se manifeste dans les poumons et la peau ; Ce ki est celui de l’automne ; il gère l’aridité, la réalité sans ornement. L’introspection que suppose Naobi n’est pas un processus d’abstraction, ni une réflexion sur notre passé. Elle consiste à vivre au présent et à percevoir les choses exactement comme elles sont. Naobi, c’est la vertu du makoto, sincérité et gratitude pour le don de la vie. Un poème samouraï l’évoque ainsi :

« Comme un rêve de papillon. » Que nous soyons un papillon ou un être humain, nous restons le rêveur : le créateur de notre propre réalité.

Dans le temple Ryoanji, au Japon, on peut voir aujourd’hui, sur un bassin de pierre qui sert à se laver les mains (tsubukai) un dessin ingénieux, composé d’idéogrammes. Il fut conçu par le maître Zen Dogen, et exprime ce qu’il avait compris de Naobi. Le bassin central, celui qui contient l’eau, est un carré. Il symbolise la petitesse et l’individualité de notre moi. Le cercle représente notre Soi, l’esprit universel. Ce carré et ce cercle sont les deux formes de Naobi, notre esprit direct. Un idéogramme est gravé sur chaque côté de la pierre ronde. Ces quatre idéogrammes représentent les quatre éléments de l’esprit et du corps. La combinaison de chacun de ces figures avec le carré du centre forme un nouvel idéogramme, qui illustre l’enseignement de Dogen. Les pièces de monnaie chinoises qui circulaient vers l’an 1004 après Jésus-Christ portaient en leur centre une ouverture carrée, entourée par quatre idéogrammes. Ces pièces, qu’on utilisait pour dire l’avenir, circulaient encore récemment au Japon et, au treizième siècle, Dogen s’inspira de leur forme pour mettre en image son enseignement de la maîtrise de soi.
« Je ne sais qu’une chose : tel que je suis, je suis complet et rien ne me manque. » Ce qui semble n’être qu’une phrase simple évoque en réalité l’état final des huit axes du chemin de la libération parfaite, tel qu’il est décrit par le Bouddha. Le cercle extérieur représente l’esprit universel, (Un Esprit) dont fait partie l’esprit individuel (le carré). Les quatre idéogrammes représentent les quatre âmes : kushitama, aratama, nigitama et sakitama. On exprime également Un Esprit, Quatre Ames par le terme gorinhoto (lit. « Les cinq étages de la tour de la loi ») – la pierre tombale aux cinq couches du monde bouddhiste. Ses cinq sections correspondent aux cinq éléments de l’existence non-sensible (la terre, l’eau, le feu, le vent et l’espace) que le bouddhisme ésotérique relie au mental et que Kukai relie aux cinq premières syllabes du kototama : Un Esprit, Quatre Ames.

Un Esprit, Quatre Ames compose la rivière de la vie. Le flot supérieur A – régit l’imagination, l’inspiration et l’appréciation artistique. Une société humaine construite à partir de ce royaume de la conscience offre une grande liberté, mais n’atteint pas un haut niveau de civilisation. Le flot de cette énergie éthérique est trop évasif. Ce haut niveau est proposé par le profond courant inférieur, l, pouvoir moteur de la vie ; mais notre conscience habituelle ne peut le percevoir. Cette intense énergie coule à l’intérieur et crée la sensibilité, l’intuition, et les plus hautes capacités du mental. Le flot de cette rivière souterraine est la dimension la plus difficile à découvrir; la civilisation humaine ne peut donc en émerger facilement. Le flot du milieu de la rivière de la vie est E U O – raisonnement, production, et compréhension. Il est le royaume du discernement, de la moralité, de la réflexion sur soi, et de l’intelligence humaine. Ce flot est celui qui influence le plus fortement le développement de la société humaine.

Pour le Shintô, l’âme humaine est plus qu’une aura spirituelle générée par notre corps ou notre mental. Elle n’est pas non plus une existence abstraite pourvue d’expérience. Selon le Shintô, l’âme n’a pas d’existence avant l’expérience. Elle est l’esprit du corps, qui tente de manifester sa propre perfection. Sa fonction, porteuse de santé, nous assure succès et bonheur. Un déséquilibre d’Un Esprit, Quatre Ames, c’est-à-dire de la constitution spirituelle humaine, empêche la manifestation de la santé, du discernement, de la liberté et du bonheur.

QUATRE AMES

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Le travail perpétuel d’Un Esprit, Quatre Ames peut être canalisé et concentré, mais ne peut jamais être arrêté. Si l’une des quatre âmes est en désordre, son énergie devient destructrice. Pour contrer ceci, chaque âme possède la capacité de souligner ce déséquilibre (le danger). Elle le manifeste par un signe qui nous aide à le surmonter.

Kushitama : la Sagesse Parfaite

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La vertu du Kushitama est la sagesse parfaite. Centre de la conscience, elle reste cachée et ne s’exprime qu’à travers les autres dimensions. Le moyen du Kushitama est le « principe », qui permet les équilibres dynamiques et crée l’efficacité (Ri). Sans sa fonction stabilisante, nous serions comme une roue sans axe ; notre propre mouvement nous plongerait dans la folie.

La sagesse parfaite, cachée derrière notre personnalité et notre ego, est notre véritable nature. Elle ne s’obtient pas; nous avons seulement tendance à l’oublier et, pour éviter ceci, devons pratiquer constamment. Cette sagesse efface toutes les différences et les oppositions. Inséparable de la compassion, elle contrôle le kushitama, et offre la capacité de rester centré et de réconcilier toutes les différences. Le Kushitama, ou sagesse parfaite, est le pouvoir qui nous permet de fondre notre volonté individuelle à celle de l’ordre universel. Selon les mots d’Ueshiba-sensei :

« Le Kushitama, représenté par le principe (Ri) est la manifestation totale de la vertu du dieu créateur de Su. » 

O-sensei, pour parler du Kushitama, se référait au ki-musubi, c’est-à-dire aux liaisons qu’entretient le ki, et au ki-tai, le corps du ki, notre vraie substance. Le Shintô appelle le ki-tai «  concept originel précédant la création. »

Dans le monde naturel, le kushitama est représenté par les diamants et les métaux précieux, l’essence du monde minéral. Il est le pouvoir qui précède la naissance et la croissance et qui unifie les Influences que nous recevons de notre environnement. Il crée la perception directe, celle qui n’est pas entachée par le jugement émotionnel. Le Kushitama offre le don individuel d’observation, la maîtrise de soi, et le pouvoir d’influencer les autres. II est à la source des capacités les plus sensibles de l’esprit, ce qui inclut la perception extra-sensorielle et les pouvoirs psychiques. Au sommet du développement individuel, il devient le pouvoir de communiquer librement entre ce monde et le monde invisible des vibrations. Un mauvais fonctionnement de ces antennes sensitives affecte le système nerveux et nous fait perdre le contact avec la réalité.

Sans l’énergie stabilisante du kushitama, l’énergie du feu (aratama) nous consumerait et l’énergie de l’eau (nigitama) nous conduirait vers le froid et l’isolement. Le kushitama crée le ki de la nourriture et l’envoie de la rate vers le haut pour nourrir les poumons et vers le bas de l’estomac pour nourrir les reins. Sa fonction de médiateur nous aide à mélanger toutes les autres énergies et permet donc l’équilibre émotionnel, la spontanéité, et la droiture. Il est à l’origine de la présence totale au monde et à autrui. Le kushitama stimule le système nerveux, régule la naissance et la croissance des cellules et favorise le pouvoir d’auto-guérison du corps. Sa suractivité se manifeste par l’hypersensibilité – nous sursautons pour un rien – et par une haute pression sanguine et nerveuse. Pour équilibrer ces conditions, il est nécessaire de stimuler l’aratama (le feu) par l’activité physique et la transpiration.

Le travail du Kushitama est le pouvoir qui se cache derrière la vie. Lorsqu’il est déficient, toutes les fonctions du corps commencent à dégénérer : les joues s’affaissent et l’esprit et la vitalité diminuent, suivis en ceci par la perte de la volonté, de la capacité de raisonnement et du contrôle physique et mental. L’amour et le respect des autres déclinent et l’on tend à se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. L’inquiétude est constante ; l’appétit devient insatiable ou disparaît complètement ; les attitudes deviennent artificielles. Remédier à cette situation demande un gros effort, celui de nourrir la gratitude. Parce qu’elles résonnent profondément en nous, les expressions verbales de gratitude sont alors particulièrement efficaces.

Aratama : Le Contrôle de l’Esprit

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L’Aratama, symbolisé par le feu, crée la forme et les structures. Il contrôle l’esprit et offre une nature joyeuse et énergique. Une personne en qui cette énergie est saine possède une forte sensibilité et le courage et la sagesse qui découlent de la moralité. L’Aratama cherche la pureté et la justice. Il est également à l’origine du sentiment de honte, qu’il met en œuvre lorsque nous manquons du courage qui nous permettrait d’atteindre ces idéaux. Il crée la possibilité et l’art de mettre les idées en pratique. Le discernement de l’aratama nous conduit à la sagesse du kushitama. La finesse du discernement d’une personne peut se déterminer par l’observation des méthodes qu’elle emploie pour gérer les problèmes quotidiens : économiques ou non soit en accord avec les principes de la loi naturelle ou en déviant. La nature de l’aratama est l’équilibre entre le discernement – yin – et le courage – yang. Si l’équilibre est bien établi, la personne est douce et gentille; dans le cas contraire, elle sera agressive et souffrira d’un sentiment de supériorité et d’un manque d’humour. O-sensei décrivait l’aratama comme :

« La première fonction sur terre, porteuse de la connaissance et cherchant la vertu et la justice. »

L’aratama contrôle la conscience et l’expression de soi. Si son l’énergie est excessive, elle conduit à la colère et le cœur en souffre. A l’opposé, nous pouvons perdre le discernement en voulant découvrir la sagesse parfaite du kushitama. Lorsque l’aratama devient faible, le support de la volonté disparaît : on devient doux, mais on manque de courage. La volonté s’enracinant dans l’énergie des reins, nous perdons une partie de notre vitalité. La rate finit par en souffrir, et bientôt la force de vie elle-même est mise en danger. L’âme de l’aratama peut être destructrice. Un aspect de sa nature est l’harmonisation des opposés; l’autre est la colère ou la rage. Pour éviter ceci, l’aratama offre le point de contrôle de la honte, de la conscience. Les personnes au discernement élevé sont sincères avec elles-mêmes et avec autrui. Si l’aratama s’affaiblit, nous apprenons à tergiverser, perdons le discernement et commençons à mentir. … Chacun d’entre nous est susceptible de ressentir de la colère – une énergie dangereuse, très destructrice. Le pouvoir de discernement qu’apporte l’aratama représente le catalyseur qui permet de convertir la colère en humour. O-sensei admonestait parfois durement ses élèves, mais l’instant plus tard, riait librement avec eux et les soutenait dans leurs efforts. Une personne au discernement élevé ne laisse jamais persister sa colère. Car offrir ainsi les rênes à l’aratama détruit la vertu du kushitama.

L’aratama est le pouvoir de détruire l’ancien et d’ouvrir un chemin pour le nouveau. Il gouverne la purification spirituelle. Mais lorsqu’un arbre se dessèche et meurt, c’est par excès d’aratama (de soleil brillant) et manque de migitama (d’eau) et de kushitama (de minéraux). L’aratama donne une forme aux phénomènes. Dans le caractère humain, il est  l’esprit de réforme et de révolution; il est également à la source de la recherche de  justice et de vérité. Mais s’il prédomine sur le nigitama, il pousse à la destruction. Le Travail de l’aratama crée un métabolisme sain et fort d’élimination des toxines du corps. L’entraînement physique renforce ce travail, mais une activité strictement physique agit négativement sur l’équilibre ; le corps s’amaigrit ; la pensée perd son pouvoir de concentration et la sensibilité morale disparait. Lorsque l’aratama fonctionne mal, le corps physique s’affaiblit, ainsi que la vitalité, l’énergie sexuelle, le courage, l’optimisme, la créativité, et le discernement. En termes bouddhistes, nous perdons le sabre du Bouddha Manjushri, qui détruit l’illusion et établit la justice.

Nigitama : La beauté dans le vivant

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Parmi les quatre âmes, le travail qui consiste à diriger la société appartient au nigitama. Celui-ci crée et préserve la beauté de la vie humaine. Il offre le doux pouvoir qui permet l’unification harmonieuse et la réconciliation. Il est la source principale de notre vitalité; lorsque son énergie est équilibrée, le corps est beau et puissant.

Le Nigitama doit toujours prédominer sur l’aratama. Dans le cas contraire, l’ordre et l’organisation se transforment en chaos. La vertu du nigitama est la profondeur et le sentiment familial. Il est le kototama O, l’énergie de rassemblement, de préservation, et de relation. En tant que représentant principal de la spiritualité humaine, il lie les unes aux autres les plus hautes vertus de la nature humaine : la sagesse du kushitama, le courage et le discernement de l’aratama, ses propres aspects de beauté et de santé et l’amour et l’affection du sakitama. Le mot makoto exprime la plus haute vertu de l’humanité. O-sensei disait :

« Le makoto est la transformation réciproque que provoque l’amour, ou son aller et retour. S’il disparaît, le nigitama meurt. »

Nigitama est l’esprit de l’harmonie, de la matérialisation et de la prospérité. Il améliore les relations humaines en provoquant le respect et l’aménité. Il est la source des qualités de la grandeur : modération des émotions, magnanimité, détente, souplesse de l’esprit et pouvoirs spirituels et physiques. Il dirige avec le pouvoir spirituel, jamais la force. Il ressemble à une profonde rivière, silencieuse et puissante. Sa fonction salutaire est indispensable à l’établissement de la paix du monde et à la prospérité.

Les sensations Nigitama sont l’intimité et la réflexion sur soi. Elles correspondent à l’hiver, l’époque où les feuilles tombent et où l’énergie de vie s’enfonce profondément pour conserver sa chaleur. Mais si nous devenons trop introvertis, ce ki se durcit et se transforme en glace : nous nous séparons des autres et perdons la souplesse nécessaire à l’introspection et à l’harmonie.

Nigitama est la première fonction de naobi – un esprit. Source de la mémoire, le nigitama est essentiel aux véritables transformations de soi. Il nous permet de ressentir du regret pour les actions et les sentiments du passé et donc de nous amender. L’influence du nigitama sur la santé physique se reflète dans le terme japonais qui évoque le changement:  » ki aratameru, » qui a la double signification de « changer son attitude » ou « transformer ses habitudes alimentaires. »

Se laisser écraser par le remord ne présente aucun intérêt; mais le pouvoir d’opérer un réel changement dans notre vie ne pourra jamais se réaliser par le seul désir, tout brûlant soit-il, de l’aratama. Le pouvoir de mémoire du nigitama doit également s’approfondir. Jusqu’à nous rappeler notre vraie nature : alors seulement peuvent se produire de véritables et de durables changements.
Changer est une chose extrêmement difficile et demande une forte volonté. La volonté est une propriété de kushitama, mais sa base physique est créé par le nigitama – l’énergie de l’eau. Si l’énergie de l’eau est forte, la volonté le sera également, ainsi que le pouvoir de contrôler notre propre destinée.

Le Kushitama et le sakitama sont des fonctions particulières du nigitama. Celles-ci perfectionnent ces deux aspects de son potentiel. Le sakitama est expansion, et il met en lumière les objets individuels, en leur donnant leur place. Le kushitama rassemble tout dans son propre centre. Ces relations peuvent être décrites comme suit : Bien que le kushitama soit le pouvoir moteur de la création, si notre santé se détériore, le pouvoir de notre volonté s’affaiblira également. Même si nous regrettons la manière dont nous avons agi dans le passé, sans santé et vitalité, nous ne pourrons qu’échouer dans nos espoirs de créer des changements qui aient un sens.

Le terme « Nigi » de Nigitama vient de « nigiwau, » prospérer, se développer. Lorsque cette fonction est bien équilibrée, nous bénéficions d’une santé abondante et de l’afflux de sentiments humains. Le nigitama est notre esprit ancestral. Il engrange le ki que nous ont transmis nos ancêtres. Il gouverne l’ADN, le code génétique et le système nerveux « autonome ». Il détermine également la durée de la vie. Energie « eau », il régule le ki des reins, l’énergie sexuelle et la vitalité. Le ki post-natal, qui vient de la nourriture, se mêle au ki prénatal, engrangé dans les reins, pour produire la vitalité. Le ki du corps s’enracine dans le Nigitama. Celui-ci produit de l’énergie yang qui nourrit la rate, ainsi que la douce énergie yin, conservée dans les reins. L’énergie de l’eau des profondeurs est aussi silencieuse que puissante; mais, en arrivant à la surface, elle s’agite, devient bruyante et manifeste de l’inquiétude. Le nigitama gouverne le travail du ki et manifeste le corps astral (kitai) à travers la forme physique. A la naissance, le nigitama et le naobi (1’esprit individuel direct) constituent la fonction de la conscience en action. Les trois autres âmes sont encore en sommeil. Dans le corps humain, le nigitama gère la naissance, la croissance, la purification et la régénération. Il règne sur les fluides (le sang, la lymphe, le sperme, la sueur) les cheveux et les organes internes et la santé en général. Il conserve la chaleur du corps et l’immunise contre les maladies. Il transforme la nourriture en calories et règle les fonctions nécessaires à la préservation de la santé et à l’harmonie. Il détermine également la santé des os, de la moelle et de la matière cervicale. Le nigitama fonctionne avec douceur tandis que l’aratama, susceptible d’explosions soudaines, sacrifie parfois l’harmonie et la subtilité à son sens de la justice. Lorsque l’aratama prend le pouvoir sur le nigitama, le progrès devient une obsession : les révolutions sont considérées comme indispensables et l’on n’écoute plus les autres. Le nigitama et l’aratama sont des antagonistes complémentaires. Le nigitama règle et ajuste le travail des muscles, prend en charge la nutrition par l’intermédiaire du processus de digestion, et aide les fluides du corps à se maintenir. L’aratama le débarrasse des toxines par l’intermédiaire de la transpiration et de l’élimination des fluides, transforme l’énergie nutritionnelle en énergie physique, et favorise le « misogi », la purification par le moyen de l’activité. Lorsque l’aratama est trop puissant, le nigitama en souffre et le kushitama, en tant que fonction évoluée du nigitama, en est également affecté. La physionomie prend l’apparence de la pauvreté. Si le nigitama n’est pas écrasé par l’aratama, le sang est clair et fort ; les cheveux sont solides et nombreux et la santé générale est bonne. L’affaiblissement du nigitama, généralement dû à un mauvais régime alimentaire, affecte les fonctions immunitaires, digestives et la mémoire profonde de notre vraie nature. L’individu s’attache à la petitesse et aux possessions et développe la haine et la méfiance envers les autres. Pour remédier à cette situation, transformez votre régime alimentaire, tempérez l’activité de l’aratama et développez votre sens des responsabilités.

Sakitama : Manifestation de la Spiritualité

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Le sakitama, symbolisé par la Terre, crée les sentiments d’amour et d’affection. Il crée également un sens de crainte et de révérence au merveilleux de la vie. Selon les mots d’O-sensei :

« La vertu de Sakitama (A) est le Michi et celui-ci dépend du principe (Ri le monde du kushitama (i). Le sakitama explique le principe comme la clé de la floraison du ciel et de la terre. »

Le sakitama est l’énergie de la croissance, de la génération et du développement. Son énergie se dirige vers le haut et l’extérieur. Il distribue le ki du foie vers toutes les parties du corps. Il est source de l’amabilité, la patience, tempérée par l’intelligence. Le mot « saku » signifie « fleurir. » « Sakaeru » veut dire « prospérer.  » Si ce ki d’expansion n’est pas équilibré par le contrôle – kushitama – et la profondeur – nigitama – il devient « sakeru » – un mot qui signifie briser, larme, rupture. Le revers de sakitama est « sakarau, » s’opposer ou aller contre. Ceci signifie aller contre l’ordre naturel des choses, interrompre le progrès humain pour des motifs égoïstes. Considérer le petit moi comme la source du pouvoir mène à l’obstination, à l’utilisation de la force brutale et pousse la compétition. Pour éviter ceci, le sakitama utilise son point de contrôle : respect, la crainte. Cette crainte n’est pas celle que provoque l’inquiétude, ni celle qui vient de la frayeur; elle naît du sens de la grandeur, du profond du respect du mystère de la vie. Ce point de contrôle dirige l’énergie du sakitama vers le « michi, » la prospérité de l’humanité.

Le michi, le moyen ou le but du sakitama, se traduit par « chemin, » « route;’ « sens de la vie, » ou encore « divine connaissance de Dieu. » Le Sakitama tend à générer la grandeur, à créer le paradis sur terre. Il donne le désir de construire des cathédrales et des grandes villes. Il anime les visionnaires, qui vivent et meurent pour le service de l’humanité.

Un bon équilibre du sakitama pousse à chercher le sens de la vie et à le manifester dans la société. Son désordre crée les dictateurs – les personnes qui pensent être elles-mêmes l’origine de leur pouvoir. Le sakitama transforme l’énergie nutritionnelle en énergie mentale. Lorsque cette fonction est saine, nous sommes heureux, patients et bénéficions d’un bon sens artistique. Nous ressentons de l’amour pour autrui, pour la nature et pour Dieu et recevons souvent l’appui de l’intuition. Lorsque le sakitama est puissant, l’instinct sexuel l’est également. Cette puissance pousse à chercher un mariage harmonieux. Un excès de sakitama exacerbe le migitama. Lorsqu’un homme et une femme tombent amoureux, l’énergie excessive du sakitama stimule le nigitama, ce qui produit une augmentation des hormones sexuelles et des fluides du corps. La fonction équilibrante qu’exerce le nigitama sur les hormones, et celle de l’aratama, qui métabolise les hormones et transforme l’énergie sexuelle en énergie mentale, aident à équilibre de la conduite sexuelle.

Bonheur et prospérité sont le résultat de la nourriture des qualités de nigitama et de Sakitama. Le sakitama gouverne les émotions. De son excès résulte l’impulsivité, la colère, la violence, ou l’hystérie, ainsi que l’exacerbation de la sexualité. Si nous ne réussissons pas à exprimer nos émotions et nos sentiments artistique, l’aratama et le sakitama en souffre. Le physique et l’émotionnel sont reliés ; le corps ne peut pas être séparé des sensations. Le bonheur est source de santé, et l’obstination, la colère ou l’égoïsme épuisent la résistance à la maladie.
Le ki du sakitama nous protège contre les influences extérieure ; lorsqu’il fonctionne mal, les stimuli externes peuvent produire souci, parfois folie. Il existe deux sortes de folies. Celle du sakitama est violente : l’individu peut sembler devenir tout à fait fou, mais il reste conscient de ce qui lui arrive. Mais lorsque la folie vient d’une déficience du kushitama, l’individu en est inconscient. La folie du sakitama vient de l’excès. Mais la folie réelle, celle du kushitama est la perte d’une partie de la force de la vie. Lorsque la fonction du sakitama est très déficiente, l’individu devient une sorte de mort-vivant. Il a complètement perdu sa faculté d’émerveillement et d’étonnement.
Sans le travail salutaire du sakitama, la volonté de vivre ne peut se manifester. Le foie et les intestins s’affaiblissent, la pression artérielle augmente et l’étroitesse d’esprit se développe. Pour guérir le problème spirituel qui sous-tend cette situation, il est nécessaire de travailler pour l’amélioration de la société et essayer d’aider ses semblables. Bien que le sakitama et le kushitama soient des fonctions subsidiaires du nigitama, une guérison totale demande également un régime approprié.

Le but du sakitama est de transformer notre substance en spiritualité. Il est la force qui provoque l’éclosion des fleurs et le bourgeonnement des arbres. Son énergie est plus forte au printemps, lorsque le tonnerre, en roulant dans le ciel, libère une tension dynamique, le kototama « gora goro », et lorsqu’une douce pluie de printemps chuchote le son « shito shito ». Le sakitama est la dimension de tout ce qui est frais et nouveau, il est la lumière, la conscience, celle qui manifeste le monde des phénomènes. Comme la lune, le nigitama reflète cette lumière et avec l’aide de l’aratama, manifeste une forme. « Et Dieu dit : Que la lumière soit ! »

Extrait de « A la source spirituelle de l’aïkido – Le Kototama » de William Gleason aux éditions Guy Trédaniel.